Le paradoxe de la situation de travail (1)

Bonjour à tous,

Voici quelques mois que je n’ai plus publié sur mon blog. Il était temps de remédier à cela avec une série d’articles sur les paradoxes du travail. Voici le premier de la liste. Bonne lecture à tous.


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Le travail est une situation à proprement parler extraordinaire pour tout esprit rationnel. Comment expliquer en effet que des gens qui ne se sont pas vraiment choisis acceptent d’être rassemblés pour faire ensemble des choses qu’ils ont rarement vraiment décidées ? Pourtant ils continuent à travailler, toujours « plus ou moins » ensemble.

C’est notre cas à tous, que nous soyons employés ou employeurs, clients ou fournisseurs. La plupart du temps, nous laissons cette situation perdurer au fil du temps, bien qu’elle soit au final assez souvent vécue, comme prégnante, préoccupante, saisissante, d’une façon que nous ne maîtrisons pas.

Que cela soit prégnant est attesté par le fait banal de la compulsion à parler du travail :

« Dés que la journée de travail est terminée, il me semble urgent et important de trouver un interlocuteur auquel j’irai raconter les points essentiels de ma journée de labeur. Ce qui vient alors dans ma bouche est constitué ordinairement d’un peu de plainte, de quelques médisances, d’un doigt de vantardise, de critiques aigres concernant ceux qui sont au dessus de moi, de remarques parfois désobligeantes à propos des collègues, ou de ceux qui dépendent de mes décisions. »

La caractéristique de ce discours n’est pourtant pas l’égotisme, mais bien le narcissisme. Cela touche non pas mes intérêts mais mon existence même. A la terrasse des cafés après la fermeture des bureaux, au téléphone avant le repas du soir, en famille, en couple, quelqu’un, c’est sûr, me parlera de son boulot ou de l’absence de boulot, et moi-même, je parlerai à quelqu’un de ma collègue, de mon salaire, de ma carrière, de mon chef, de ma fatigue parce que tout cela m’appartient en propre à un point que je n’imaginais pas. Au-delà de son apparente variété, le sujet de la conversation est plutôt banal, constamment trivial, sans surprise, et à ce titre il est probablement aussi ennuyeux pour qui entend ce discours, qu’il est passionnant pour celui qui en parle..

« Une pointe d’agacement me vient quand je constate que mon interlocuteur ne semble jamais aussi bien que moi, comprendre l’enjeu majeur de la conversation impromptue que j’ai eue ce matin, dans l’ascenseur avec le chef des ventes de la zone sud-ouest.

Mais l’ennui me submerge facilement quand j’écoute à mon tour, l’histoire de son conflit avec un collègue qui le harcèle. »

Le propos sous jacent de ces conversations régulières vise, assez souvent, presque toujours (et même s’il n’ose en faire la remarque mon interlocuteur ne s’y trompe guère), à prévenir toute critique possible de mes insuffisances potentielles, c’est-à-dire à me prouver à moi même que je suis, serai certainement à la hauteur, même si j’en doute, parfois, sans cesse même. Oui mais, les autres sont des nuls, c’est entendu, que feraient ils donc sans moi ?

« L’inacceptable iniquité des décisions du chef, les contradictions entre ce qui est dit et ce qui est fait, l’injustice des statuts professionnels, les abus ou défauts d’autorité, les carences manifestes du management, les invraisemblables incohérences des stratégies de la boîte, l’inacceptable arrogance du dernier arrivé, l’inquiétude sur l’avenir professionnel, le souci de la situation économique, tout cela expliquerait au final à quel point je ne suis que rarement responsable des médiocrités de ma situation professionnelle. Le mérite de la réussite seul, pourrait me revenir, même si je sais à qui je la dois ». 

Les contradictions qui transparaissent dans les petits arrangements avec soi même et avec son travail ne tiennent pas tant à la petitesse pleine de forfanterie de notre ego qu’à une dynamique particulière, celle du Désir que connaissent quelques familiers des effets de l’inconscient. Car de ce point de vue, c’est vrai, les causes m’échappent. Le discours décrit ne proviendrait donc que d’une erreur d’attribution de la faute.

Même si ça ne se voit pas, l’angoisse affleure dans les situations professionnelles et les mécanismes de défense contre cette angoisse aussi. L’angoisse et le désir sont proches, par là se révèle une part du « Désir de travail ». C’est ainsi : le mal-être est aussi le signe d’une énergie à l’œuvre.

La suite…

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3 réflexions sur “Le paradoxe de la situation de travail (1)

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