Le paradoxe de la situation de travail (2)

Voici quelques mois que je n’ai plus publié sur mon blog. Il était temps de remédier à cela avec une série d’articles sur les paradoxes du travail. Voici le second de la liste. Bonne lecture à tous. (Lire l’article précédent)


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Cette nécessité prégnante de parler du travail est parfois compulsive, passionnante, passionnée souvent. Que j’invite quelques collègues à dîner, nous nous jurons bien de n’en pas parler, avant de glisser inévitablement vers cette chose, la seule qui nous unit peut-être : le boulot. En fait c’est le seul objet à propos duquel je puisse vraiment échanger avec celle ou celui qui, sans l’obligation finale de traiter des mêmes dossiers, n’aurait jamais été pour moi autre chose qu’un petit autre inconnu, ignoré et lointain.

Je ne suis pas obligé d’aimer mes collègues, et je n’estime véritablement que ceux qui partagent mes valeurs. Il arrive que parmi tous les autres, j’en déteste quelques-uns, que j’en méprise un ou deux. Certains parfois m’inspirent de la crainte.

Voilà pourquoi la situation de travail est un paradoxe : j’accepte de côtoyer pendant des années des gens que je n’ai pas choisis, pour faire des choses que je ne suis pas sûr d’avoir tout à fait décidées. Assez vite le sens de cette situation ne pourra se trouver que dans la réponse à la question : « Mais qu’est-ce que je fous ici ? ».

Le mystère est si grand peut être qu’il mérite bien que je vienne et revienne tous les matins dans ce même endroit pour faire ce qu’une force, mystérieuse elle aussi, me pousse à faire afin d’interroger cette compulsion, qui refuse de s’avouer. Comme telle, par le discours de plainte sur le travail.

 Ça va comme un Lundi, vivement le week-end, les vacances, la retraite, vivement…

Or, peut-être cela signifie-t-il simplement que la curiosité à propos de la situation de travail est une excellente, voire la seule raison de venir travailler. Le besoin, la nécessité, l’obligation, la contrainte sociale, la morale et l’éducation, le « système » aussi et encore la culture, l’ignorance des alternatives y sont aussi pour quelque chose, mais aucune raison n’est mobilisatrice comme celle qui est portée par la curiosité. La curiosité de savoir enfin ce que nous faisons ici ensemble, ignorant – au pire – ce que nous sommes en train de construire, et devinant – au mieux – que nous ne serons que très rarement en plein accord sur l’objet de la construction commune.

« Ne travaillerais-je donc que pour comprendre pourquoi je travaille ? »

C’est à travers la recherche de réponses à cette étrange question, que l’on peut entrevoir la marque du Désir au travail.

En toile de fond subsiste sans doute l’espoir de trouver un jour la situation idéale, le nirvana professionnel, où l’objet construit serait si cohérent avec ce que je me sentirai être alors, que je pourrais sans hésiter   partager ce moment avec les personnes capables d’éprouver, comme moi, une pareille perfection.

Le travail est bien une situation extraordinaire, qui se maintient telle parce qu’elle me dira à tout moment que justement ce n’est jamais tout à fait ça, ce que j’attendais  du boulot.

Il me reste donc une place pour vouloir autre chose.

N’est-ce pas là encore un peu de la question du Désir ? Une curiosité insatisfaite ?

Le paradoxe des bonnes conditions de travail

Parfois tous les efforts sont faits par l’entreprise pour que les conditions physiques et matérielles de travail dans lesquelles j’évolue soient les meilleures possibles. Dans certaines entreprises informatiques les soucis susceptibles de perturber ma concentration au travail sont systématiquement pris en charge : la faim, la soif, les préoccupations domestiques tout cela trouve réponse sur place, car à tout moment je peux boire, manger, m’informer, me délasser. Il y a une crèche pour mes enfants, des services multiples capables de nier l’idée que le travail fut une source de contraintes sur le reste de l’existence. Une forme concrète d’un idéal revendiqué ou espéré depuis longtemps par les plus sociaux des ergonomes, par les moins idéologues des syndicalistes.

Trouvé sur Internet :

« Google France nommé meilleur environnement de travail en 2008 par l’institut Great Place to Work. Google est ravi d’annoncer dans un communiqué de presse que son bureau français a été officiellement élu « meilleur environnement de travail 2008 », selon un sondage réalisé par l’Institut Great Place to Work sur 187000 employés de 96 entreprises françaises participantes.

« Je crois profondément au cercle vertueux de l’innovation », a déclaré Mats Carduner, directeur général de Google France et Europe du Sud. « En favorisant un cadre de travail agréable avec une culture d’entreprise innovante tout en développant un management informel, on encourage la créativité de nos salariés et donc l’innovation dans nos produits ».

Google France et ses 131 salariés se classent donc en tête dès leur première participation, devan tW..L. Gore & Associés, Oliver Wyman, Pepsico, Microsoft, Leroy Merlin et Cisco. »

Sans aller si loin, toute situation de travail dans laquelle ma santé, mon moral, ma famille, mes besoins sont préservés devrait me permettre de respecter le contrat moral, tel qu’il se sous-entend dans  le contrat juridique de travail. Ce dernier prévoit globalement qu’en échange d’un salaire normé et d’un environnement non nocif, j’accepterai un assujettissement relatif et momentané nommé « lien de subordination », et dépenserai toute l’énergie nécessaire à obtenir les résultats attendus.

Peut-être est-il intéressant de savoir ce qui, dans notre exemple, est justement attendu de tant de sollicitude sur l’environnement de travail ? La question de l’environnement est-elle réellement si proche de celle des conditions de travail ? Dans l’entreprise qui est citée plus haut on peut saluer la modestie du propos, son réalisme et sa mesure, car ce qui est déclaré être recherché, avec un espoir de manipulation managériale vertueuse est, non pas le « bien-être », mais un « surcroît de créativité ».

Cela n’est guère critiquable, même moralement, dans la mesure où un tel enjeu est clairement annoncé. Gageons, puisque l’inverse n’est pas prétexté, que les conflits persistent, les enjeux de carrière restent les mêmes, les relations hiérarchiques toujours aussi ambivalentes. Le bonheur au travail n’est pas visé comme conséquences de cette initiative.

Bientôt : la suite…

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3 réflexions sur “Le paradoxe de la situation de travail (2)

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