Quand le président parle des « fainéants », il se trompe, car ce sont plutôt les « feignants » qu’il faut fustiger !

 

Dans notre approche pédagogique nous comparons souvent la question du lien entre une personne et son travail avec le lien qui existe entre un aérostier et son aérostat. Cela a même donné son nom au cabinet «  Montgolfière Management ». Dans cette métaphore « la bouteille de gaz » représente la source d’énergie dite « pulsionnelle» du travail et les gaz en sont variés (Dette paternelle, Rêve mégalomane, Fantasme du Labeur, Illusion créatrice : cf. livre « psychanalyse du lien au travail » (Elsevier Masson) et les articles de ce blog qui évoquent ces concepts régulièrement).

Du point de vue de la quantité de « gaz du travail » disponible, et des variations de cette quantité, les différences sont importantes entre individus. On peut ainsi décrire des cas ou l’énergie est en quantité insuffisante. La faible quantité de gaz disponible n’a qu’une seule conséquence à moyen terme : le dégonflage de l’enveloppe, une chute progressive de l’aérostat, une atteinte majeure de l’Identité professionnelle.

L’absence totale de gaz, quant à elle n’est pas une possibilité envisageable. Soit il y a du gaz, ne serait ce qu’un peu, soit le sujet est « mort » comme sujet du travail et sujet social. Et ce serait très grave pour lui.

La baisse du niveau de gaz ou d’énergie, autrement dit l’Inhibition du désir de travail, quant à elle, se repère à ses trois symptômes majeurs : la paresse, la fainéantise, la « FEIGNANTISE ».

  1. La paresse, la mise en suspens de l’énergie, est plutôt régénératrice, elle apparaît pour scander une période de travail ou de mobilisation intense, et de ce fait semble tout à fait nécessaire. La seule question qui reste est celle de l’aménagement adapté à chacun de la succession paresse/travail, actuellement encore gérée par les périodes de vacances.
  2. La fainéantise, difficulté à mobiliser l’énergie quant à elle, paraîtrait plus proche d’une incapacité involontaire à faire. Dans ce cas le travail qui serait nécessaire se voit opposer un niveau d’angoisse trop important. C’est le cas typique de l’a période d’adolescence,  de certaines phobies sociales, ou de l’absence d’un projet intéressant ou mobilisateur.
  3. La FEIGNANTISE est plus ambiguë, puisqu’elle consiste à feindre de travailler sans le faire réellement. Il s’agit alors d’une véritable perversion sociale qui consiste sur le fond à s’isoler du collectif sans l’assumer, à en profiter sans contrepartie d’effort, à tromper l’organisation sociale, à dissimuler ses intentions pour tricher avec les règles ou la parole donnée (coulage, sabotage, mensonge, opposition passive, trucages financiers, malhonnêteté,  perversité sociale, maffia…).

Les solutions à ces symptômes coulent de source :

Autoriser la paresse régénératrice mais l’intégrer à une organisation, pour mettre en place des solutions de rythmicité vacance / travail innovantes. L’institutionnalisation des temps de « vacance » apparaissant de moins en moins  comme le rythme adéquat

Identifier les peurs pour lever les blocages inhibiteurs de l’énergie dans la fainéantise, par un travail d’amélioration adaptation et professionnalisation constante du management.

Dénoncer effectivement systématiquement la feignantise, les gens qui ne respectent pas les règles, les tournant à leur avantage, pour devenir de fait des prédateurs du progrès et de la confiance.


Le site du cabinet Montgolfière Management, (Mesure de l’ambiance de travail et prévention des RPS)cropped-cropped-logo_rolandguinchard_200x400mm-copie-e1387202729610.png

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Le paradoxe de la situation de travail (3)

Voici la suite de ma série d’articles sur les paradoxes du travail. Bonne lecture à tous.

Lire le 1er / Lire le 2nd


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Le sentiment que « la personne qui travaille est respectée », peut naître d’une amélioration des conditions de travail, mais cela ne suscite pas pour autant l’engagement et l’effort. L’effort est signe plus convaincant, lui, d’une mise en route du désir. On peut citer de nombreux cas ou quelque chose vient ainsi gâcher la belle ordonnance des logiques managériales de la motivation, hideux, superficiel et syncrétique concept, qui prétend rendre compte de l’alpha et l’oméga de la bonne relation au travail en déguisant d’un peu de hi-tech relationnel la vieille méthode « bâton / carotte ».

J’ai repris cette petite entreprise au fonctionnement moyenâgeux, il y a deux ans. Depuis le début le propriétaire hurlait sur ses employés, sans jamais les augmenter, sans même leur adresser autrement la parole. Le produit fabriqué est basique, grossier, et les bénéfices ne tiennent que de la maîtrise d’un marché minuscule qui n’intéresse personne d’autre.

Depuis 20 ans ils supportent ça sans broncher.

J’ai eu l’ambition d’industrialiser et de développer progressivement cet atelier : rangement, habits propres et outils neufs, formation pour tous et intégration de jeunes, nouvelles machines, produits en évolution, réunions d’information et souci social, intéressement aux bénéfices. En deux mots : le progrès et l’humanisme ; mais voilà, plus j’avance sur ces points, moins ils travaillent !

J’ai pris conseil auprès de collègues chefs d’entreprises, ils me conseillent tous de revenir à une poigne de fer….

Le désir de travail, il faut le croire par cette histoire authentique, n’est guère sensible aux conditions de travail, ou, s’il l’est, ce n’est pas tout à fait dans le sens d’une relation logique entre causes et conséquences. La logique pulsionnelle poursuivie jusque dans son élaboration en logique du Désir n’est pas une logique « rationnelle » au sens strict. Le style du manager, le style du management est de peu d’effet si le processus désirant ne peut se nourrir. On verra que ce processus se nourrit essentiellement de quelques dimensions « symboliques » précises et finalement peu nombreuses.

Lire la suite

Un migrant révèle notre maladie du désir de travail

Cet article est paru dans le Huffington Post du 30/09/2015
 (Cliquer pour voir cet article sur le site web du Huffington Post) / Le Twitter du Post 

Migrants en Allemagne

Humanisme et réalisme

L’Allemagne accueille favorablement les réfugiés. Dans ce pays, humanisme et réalisme font bon ménage. Lors d’un reportage sur une chaîne d’information continue, le dirigeant allemand d’une grosse PME de mécanique et soudage, explique qu’il a recruté et formé plusieurs travailleurs migrants. L’un d’eux, d’origine africaine est d’ailleurs interviewé, et de dessous son casque de soudeur, tout sourire, dans un anglais très correct, indique à quel point il est satisfait de bien gagner sa vie et de se sentir intégré.

Retour sur le dirigeant : il fait part de son expérience et procède à quelques déclarations attendues. Il a le sentiment de faire son devoir, en participant à l’accueil et l’intégration de ces migrants ; par ailleurs, il aide ainsi l’Allemagne qui manque de bras et va avoir du mal à payer ses retraites. Parlant de l’employé interviewé, il précise qu’il a pris en charge de A à Z, sa formation de soudeur spécialisé.

Puis, comme s’il s’agissait d’un détail, en une pirouette de conclusion, il précise la raison qui lui a fait choisir ce candidat, qui justifie l’investissement de l’entreprise : il est sincèrement « motivé », ce qu’il décrit comme un « plus » non négligeable.

On peut penser que le soudeur est satisfait de son sort, seulement parce que son pays d’origine, instable et peu développé, ne peut pas lui offrir les mêmes avantages et garanties.

Mais c’est insuffisant. En quelques secondes et sans le dire, par sa voix, son regard et son attitude le soudeur interviewé montre bien qu’il est motivé aussi parce qu’il est motivé.

Et que c’est tout simplement ça que son patron a recruté. Je suis ravi de la situation du soudeur et de son employeur, ils ont l’air mutuellement et sincèrement satisfaits et je les laisse à leur arrangement sans autre commentaire.

Pourtant je reste pensif : on en est là ? Il faut recruter ailleurs de la motivation ? Ce n’est pas tout à fait comme rechercher des compétences…

La motivation : pur produit du désir

La question se pose : dans un contexte de chômage et de difficulté économique, des milliers d’emplois ne sont pas pourvus. Dans mon métier, je croise tous les jours des personnes désespérées par l’ennui, la violence ou par des absurdités de management. Je trouve aussi des managers découragés de ne pouvoir maintenir un niveau d’effort suffisant dans leurs équipes. On découvre encore des fonctionnaires abasourdis par les exigences absurdes de leurs tutelles et d’autres totalement repliés ou accrochés à l’inutilité tatillonne de leur tâche obscure. On trouve des quinquas terrifiés à l’idée de leur inemployabilité et des jeunes qui préfèrent prendre tout ça avec légèreté, recul ou indifférence, en attendant mieux, demain. Et ces politiques qui regardent le bout de leurs chaussures électorales au lieu d’ouvrir les yeux sur les questions immenses qui attendent le monde. Sans parler de ces enseignants qui s’épuisent à agir dans un système trop vieux, trop lourd, définitivement condamné, mais qui refuse de mourir, donc renonce à renaître pour préserver les avantages médiocres de ceux qui ont oublié pourquoi ils étaient là.

Pourquoi devient-il difficile de trouver, et à fortiori de recruter des gens motivés dans l’occident des pays riches ? Parions sur les quolibets, garantis, à l’égard de qui parlerait d’une « relation naturelle avec le travail salarié dans un rapport satisfaisant pour les deux parties ».

Qu’est-ce qui rendrait donc les ressortissants de la vieille Europe si dépourvus de cette dimension: le désir de travail.

Pourtant il est là, le désir de travail, qu’on le veuille ou non, car selon nous, cette dimension proprement anthropologique est engrammée dans l’espèce humaine pour sa survie. Son origine pulsionnelle nous permet de penser que ce désir ne meurt jamais qu’avec le corps. Il ne faut jamais parier sur la mort du désir sans disparition du sujet. Mais tout psychanalyste sait que c’est aussi un des modes d’expression de ce désir que de se trouver ralenti, inhibé, empêché, gourmé…

La maladie de désir de travail en Occident

Ce n’est pas de chance si cela nous arrive car le désir de travail est la toute première denrée psycho économique disponible. Certains pensent que c’est le besoin ou l’envie, alors que ces derniers ne sont que des avatars « pervertis » du désir de travail.

Qu’est-ce qui peut donc ainsi inhiber notre désir de travail ? Je ne connais qu’une réponse suffisamment vaste pour embrasser l’ampleur de la question : la peur.

Cette peur est en général exprimée au travers d’un fantasme (le fantasme est une petite structure inconsciente interne construite précocement, un mini scénario répétitif, qui oriente nos représentations, pensées et perceptions. A priori individuelle, cette structure est parfois contagieuse, devenant partagée et collective, groupale, voire sociétale, mais toujours inconsciente).

Notre société est vieille, son identité est devenue fragile, composée de restes, éculée, nostalgique, ressassant sa grandeur passée et ses grands moments, face à un monde jeune et émergent, trop grand et trop vif pour entrer dans le champ de vision de nos égoïsmes de vieillards.

La peur, c’est celle de mourir. Le fantasme de nos pays est le suivant : en se crispant on ne mourra pas. La crispation se fait sur la sécurité… forcément. Or, la sécurité est une drogue dure qui donne l’illusion de la survie « en l’état », pour l’éternité, avec « les états » comme fournisseurs et dealers. Tout cela nous rend incapables de bouger, par peur de perdre des avantages insignifiants, des illusions infantiles, des rêves dépassés. En fait, ils sont déjà perdus. Et cette Europe-là, qui se donne des airs modernes pathétiques à Strasbourg et Bruxelles est déjà morte.

Tout cela nous rend incapables de vivre le travail avec la seule chose qu’il apporte : un accomplissement et un chemin encore ignoré et à construire.

Pourtant je le redis, si son expression défaille parfois, le désir ne meurt jamais.

Le désir de travail sera notre seule brique économique !

Alors : « le désir, soit, mais comment faire avec, pour vivre sans peur ? »

Ne plus avoir peur c’est accepter de perdre, et de mourir à quelque chose. Le fantasme qui paralyse à son insu l’esprit du travail en Europe, ne viendra que d’accepter la mort qui a eu lieu depuis longtemps d’une quelconque hégémonie. On a perdu cela, mais la Loi du fonctionnement du désir peut nous consoler : on ne perd jamais tout, on ne meurt jamais qu’à un rêve, pour en bâtir un autre.

Laissons mourir les rêves anciens de division du monde dont procèdent nos crispations. Il y a autre chose à faire, dés à présent, maintenant mille fois plus urgent, mille fois plus grand. Ce que disait le sourire de nos protagonistes du début, soudeur et employeur, rappelez-vous.

On ne sortira de la crise que par l’innovation (des idées, émanations directes du désir) et par l’engagement (positionnement directement issu de l’intégration du désir à l’action, sans interférence). L’effort est la première denrée économique du monde. La dernière et la seule à exploiter. Aujourd’hui il faut vraiment en prendre soin. En même temps que d’aller la chercher au-delà les frontières, il faudra se poser la question absolue de sa préservation et de son entretien pour chacun d’entre nous, ici même.

Le désir de travail prend un statut d’enjeu économique central, plutôt marrant non ?
Retravailler le désir de travail pour dégager de l’engagement: à quand le « PID », produit intérieur désirant ?


rolandguinchard

Le site du cabinet Montgolfière Management

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La souffrance psychique au travail : Crise de foi

(Ce billet est à la suite du précédent, à lire et à relire ici > La souffrance au travail : L’urgence des corps)

Il y a une autre raison pour que l’on parle aussi souvent de risques psycho sociaux et de burn-out.

Si la souffrance psychique liée au travail a sans doute toujours existé, elle ne se disait jamais dans l’entreprise, mais en d’autres lieux. Elle se disait dans les nombreuses institutions sociales qui étaient chargées entre autres tâches, de sa régulation.

La famille traduisait cette souffrance au travail comme signe de l’effort pour survivre, l’école comme prix de la nécessité pour progresser, l’université comme coût de l’espoir d’accès à l‘information, l’armée comme preuve de l’accomplissement du devoir, l’église comme salaire de la rédemption, l’idéologie comme indication de la valeur d’un combat pour une cause.

Et chaque fois, l’espoir de la progression favorable de la technologie, des ressources, d’un monde meilleur, des lendemains qui chantent, des grands jours, de la stabilité par la domination et le règne d’une seule espèce, de la victoire de la technologie sur la nature, permettait de maintenir la croyance en la nécessité d’accepter la souffrance psychique au travail comme inéluctable et nécessaire au progrès global

qualité de vie au travail

 

Ces croyances constituaient le sens même du travail, annihilant de fait l’intensité des douleurs morales créées par lui

 

Et voilà que les piliers de cette croyance protectrice ne tiennent plus leur rôle sociétal : la famille doute sur le message de travail à transmettre à des enfants qui ne peuvent plus les croire, l’école est le lieu de tous les doutes et de l’incompétence notoire d’adaptation au monde; l’université et les grandes écoles ne sont plus là que pour préserver paresseusement ou peureusement des élites obsolètes; l’armée n’est plus qu’une arme de destruction perfectionnée; la religion, un dogme incohérent ou une secte en combat avec d’autres, l’idéologie une parole creuse; le progrès technologique la source de toutes les inquiétudes « Hiroshi-Tchernobi-Fukushimiennes »

Loin de tout catastrophisme, gageons que cette situation est normale, le progrès nous obligeant à perdre puis à reconstruire en permanence toutes nos valeurs. Disons que nous sommes en plein dedans, au creux de la période, et que nous saurons réfléchir, et tenir bon en attendant « Pâques et la renaissance».

Pendant ce temps la souffrance psychique au travail surgit comme douleur individuelle pure, signe d’un fading de sens social. Jamais il n’y a eu autant de sécurité, de préservation des corps et des droits des personnes au travail dans les sociétés occidentales. Jamais non plus il n’y a eu autant de discours et de symptômes de la douleur psychique au travail.

Alors reprenons la question du début « Pourquoi parle-t-on autant de souffrance au travail et de burn-out ? ».

Parce qu’on veut bien souffrir pour un rêve, s’il devient une aventure partagée. L’accélération du monde a vidé ce rêve de travail de toute dimension symbolique, nous obligeant à changer les paradigmes pour reconstruire un nouvel imaginaire du travail.

Au travail !

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La souffrance psychique au travail : L’urgence des corps

Mais pourquoi aujourd’hui parle t-on tellement de risques psycho sociaux et de burn-out ?

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Ces phénomènes de souffrance psychique au travail ou d’épuisement professionnel, existaient depuis l’apparition du travail salarié.

Au 18ème siècle, période de cette naissance, on peut situer l’inaugural de la situation de distanciation entre l’effort et le produit, que nous connaissons aujourd’hui presque tous. Cet écart laisse le doute et l’anxiété envahir l’esprit. Il est donc certain que cette souffrance psychique liée au travail existait déjà. Ces phénomènes ne portaient pas le même nom, et, surtout, ils étaient dissimulés.

D’abord parce que la question de la souffrance du corps avait tendance à les masquer. Les conditions physiques de travail présentaient un caractère nettement plus vital et urgent. C’est un peu moins le cas aujourd’hui.

Bien sûr la préservation du corps et de la santé au travail nécessite encore des efforts. Le scandale de l’amiante n’est pas si loin, et beaucoup de négligences, parfois partagées, existent. De même, on ne peut pas oublier que l’esclavage est une pratique répandue, ni que la vie des travailleurs ne pèse pas lourd dans de nombreuses mines à travers le monde.

Cependant la question de la préservation du corps au travail fait l’objet d’un consensus graduel dans nos sociétés : ne pas protéger la santé des travailleurs devient, enfin, peu à peu, moralement inacceptable.

L’urgence du « collectif social », a eu le même effet de masque. La préoccupation de ce qu’un individu souffre n’avait pas à mettre en retard la visée collective pour le progrès des conditions de travail. C’est ce qui a été fait dans l’ensemble. La baisse de crédit des syndicats n’est pas seulement lié à leur incurie ou à leurs tentations d’embourgeoisement mais au fait que grâce à eux, les travailleurs ont appris à s’appuyer sur l’organisation finalement mise en place dans la loi et le système social, plutôt que sur le combat qui l’a autorisé, sur le groupe de proximité ou la solidarité : la dignité du travailleur devient, heureusement, peu à peu un principe qui imprégnera toujours davantage (espérons le) la façon de penser la société.

C’est une belle réussite pour les défenseurs de travailleurs d’avoir permis de s’affranchir de l’aléatoire de la morale spontanée pour s’appuyer sur le bon droit, même si ça ne marche pas à chaque fois (la vigilance reste de mise). Bien sûr, affectivement parlant, imaginairement parlant, il est nécessaire de pouvoir bénéficier aussi du regard compatissant du collègue ou de l’indignation du représentant plutôt que sur la bonne application du règlement.

Cependant il semble qu’aujourd’hui l’épaisseur des volumes contenant le droit social (et la nécessité apparemment paradoxale, de les amincir) soient devenus signe de ce que les travailleurs n’aient plus besoin d’être en classe, ni en guerre pour exister comme catégorie simplement moyenne, de droit, garantie presque sans « lumpenprolétariat ».

Diminue donc l’intensité de l’urgence au travail pour les corps (physique et social). La souffrance psychique, attendant son heure depuis 250 ans, peut enfin se dire.

Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

à suivre… (lire la suite)

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La psychologie du lavabo

lavabo-22893A de nombreuses occasions, y compris dans les plus « scientifiques », en apparence, j’ai pu noter la prégnance d’un prêt-à-penser la psychologie individuelle ou collective dans l’entreprise, et qui se nommerait :

« La théorie du lavabo »

C’est un cas particulier de l’hydrodynamique qui se définit ainsi :

« Toute quantité d’énergie psychique déversée dans un contenant social, tend à s’accumuler pour créer un phénomène débordant et douloureux de type Déga-dézo ».

  • Le type DEGA-DEZO collectif est spectaculaire, abréactif, colérique, grande gueule et conflictuel (typiquement la grève ou la révolte)
  • Le type DEGA-DEZO individuel est angoissé, plaintif, discret, avant de surgir sous forme de défaillance (typiquement le suicide ou le burn-out).

Autrement dit : trop c’est trop et quand c’est trop ça déborde.

Du coup la solution est simple : on sort les pompes, les serpillières, les éponges (médecins du travail, coachs, consultants), les produits qui débouchent (médicaments), les raclettes (ruptures conventionnelles), les seaux (plan sociaux pour désengorger l’orifice du trop plein malencontreusement très obstrué ces temps ci), avant de passer les lingettes (stages de relaxation) et le « spray » final (Feng shui des locaux administratifs).

Je ne connais pas les avantages secondaires de cette façon de penser (peut être à éviter tout débordement de la pensée) mais il est évident que son utilité première est de venir compenser la difficulté récurrente d’imaginer le travail autrement que comme un « conflit de quantité ».

Mais si c’était cela pourquoi des milliers de gens accepteraient ils encore l’inacceptable au travail sans jamais déborder de rage ?

Pourquoi des gens qui gagnent beaucoup trop d’argent au travail ne semblent ils pas prêts à en faire déborder sur les autres ? (Même s’ils se prétendent eux mêmes débordés).

La métaphore du lavabo ne fonctionne donc pas très bien pour la relation entre l’homme et le travail. Malgré les apparences elle est très statique.

Préférons celle plus complexe mais plus juste de la Montgolfière (pour l’identité professionnelle voir article dans ce blog) ou celle, plus champêtre, du désir de travail comme plante à faire pousser nécessitant terre (emploi), eau (salaire), air (sens discours symboles), chaleur (management).

Un ingrédient vient il à manquer que la plante se porte mal, c’est bien pire si deux, trois, ou quatre sont absents.. TROP souvent ce qui manque en ce moment au travail c’est l’AIR et la CHALEUR.

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Du Sens et de la sé-cu-ri-té

multitasking

De l’industriel à l’immatériel : les risques psychiques n’ont pas changés.

Les idées reçues nous poussent à croire que le passage d’une société industrielle à une société de l’immatériel accentue la nécessité de faire le point sur la santé psychique des salariés « numériques ».

Classiquement il est d’usage de dire que les risques qui existaient au 19ème restent inchangés pour les 12 millions d’employés et salariés dont le risque est principalement celui lié à la subordination : pour eux le risque au travail reste assimilé à la pression de la tâche et à l’abus, de pouvoir des chefs, par exemple, rançon de la sécurité.

Mais il y aurait une modification des risques pour tous les cadres autonomes et autres travailleurs du savoir susceptibles d’être en travail connecté pendant l’intégralité du temps d’existence. Stress et burn-out sont d’usage pour ces nouveaux travailleurs exposés à la solitude numérique et à la pression subtile de la culpabilité, rançon de la liberté.

Pourtant rien n’indique que cette répartition nouvelle des risques soit vraiment valable, car la pression externe de type subordination existe pour chacune des deux catégories. Si ce n’est pas la pression d’un petit chef, celle d’un client ou d’un fournisseur l’incarnera. Quant à la pression du numérique solitaire, elle peut exister dans et hors le cadre des heures de travail d’un employé, comme dans le cadre de vie d’un consultant.

La dichotomie apparemment factuelle et descriptive entre stress classique des employés et stress numérique des autonomes ne convient donc pas du tout, tant il est vrai que chacun est confronté à la subordination à quelque chose.

Si on voulait percevoir le caractère commun des risques psychiques des employés et ceux des « autonomes », dans le cadre d’une économie industrielle comme dans celui une économie immatérielle, on le trouverait aujourd’hui dans le concept d’identité professionnelle.

Pour les ouvriers et employés, au sein d’un emploi, le risque est de voir se figer leur identité professionnelle, par un management centré sur la subordination, réglé par des procès de production uniformisant les produits et service, incapable de susciter la créativité. Si l’emploi est précaire, le risque d’éclatement de l’identité s’y ajoute. Manque le sens et parfois la sécurité.

Pour les autres, cadres numériques et travailleurs autonomes, censés créer leurs conditions de travail tout à loisir au sein d’un forfait-jour ou d’une auto entreprise, le risque est celui d’un éclatement de leur identité professionnelle vers l’agitation face à l’adaptation nécessaire. Et si le marché au sein duquel ils évoluent se réduit, la belle autonomie deviendra précarité. Manque la sécurité et parfois le sens défaille.

Tout le monde a besoin de sens et de sécurité, et ce n’est pas du tout nouveau, ni lié au numérique.

La modernité ne change pas la donne des besoins de l’identité professionnelle. Toujours et partout, pour éviter les douleurs individuelles et sociales dans le changement technologique ou dans la tradition industrielle, il faudra préserver les sujets du travail de l’angoisse identitaire.

Pour cela on reconnaitra, au dit travail, sa dimension proprement anthropologique et sa nature essentiellement humaine et fragile, et non seulement sa dimension adaptative à l’époque.