Le paradoxe du dirigeant : la transmission (4/4)

Au plan psychologique, le fait d’être dirigeant installe toute personne dans une situation qui apparaît souvent enviable, par l’image de liberté, et de libre arbitre qu’elle donne. Sur le fond, cela est vrai.

Cependant, diriger se paie aussi de l’immersion dans des paradoxes qui aboutissent à faire du dirigeant un « exilé de lui-même » permanent. Cette situation apparemment indolore, n’est pourtant pas inoffensive et oblige à mettre en œuvre spontanément des solutions de gestion de l’inquiétude et de l’idéal qui coûtent cher en énergie personnelle.

Les paradoxes du dirigeant d’entreprise sont au nombre de 4 : Paradoxes de la vision, de la direction, de la décision, de la transmission, qui feront chacun l’objet d’un article. Nous terminons cette série avec le paradoxe de la transmission.


pVcW-ozItMwgxJ9N7JBTJXr3dWUIl y a une autre dimension enfin, qui me semble particulière, c’est celle de la transmission. Vous entendez bien que le terme est polysémique. On peut y entendre à la fois la question de la délégation, celle de la communication, et celle de l’héritage. Je les ai réunies sous un même chapitre parce que, bien que ces trois domaines paraissent relativement éloignés, leur point commun est, pour un chef d’entreprise, parfaitement évident et relève d’une problématique unique.

Dans les trois cas, le chef d’entreprise doit agir d’une façon indirecte pour faire passer ce qu’il souhaite, ce qu’il pense, ce qu’il veut voir advenir pour son entreprise, ou pour l’entreprise dont il a la charge. Le dirigeant doit en fait, s’appuyer sur d’autres pour pouvoir être dirigeant.

Pour transmettre les ordres, pour transmettre les actions, pour transmettre la direction.

A partir de quoi les autres vont avoir besoin de lui essentiellement pour se maintenir dans un repère ferme vis à vis de la réalité. Sa position centrale met le dirigeant à distance de l’action directe, et s’il est à coup sûr dans la réalité d’un certain monde réel, efficient, effectif, repérable, il s’agit aussi d’un monde pourvu d’une grande virtualité précisément à cause de l’obligation de la transmission. Le monde réel du dirigeant est aussi dans la dimension virtuelle du pouvoir,

Ce qui signifie tout simplement que le dirigeant lorsqu’il est au travail, ne peut plus éprouver réellement son existence qui passera forcément par les autres dont il a besoin pour repousser ses limites humaines. Il est plus grand que les autres mais à leur merci pour la question de sa vraie dimension de dirigeant. Il ne peut plus être sûr vraiment de garder un contact avec la réalité. On n’est plus dirigeant un coup c’est sur ces autres qui lui volent un sentiment d’existence pour maintenir le leur, qu’il peut avoir la tentation de chercher à récupérer une certaine façon d’éprouver la réalité, jusqu’à les persécuter dans certains cas.

Dans le même temps, cette nécessité de s’appuyer sur d’autres est la source d’une forme d’ivresse qui va devenir une dépendance. Il va chercher à éprouver dans le virtuel du pouvoir, les mêmes sensations que dans un rapport à la réalité physique. Parce que ce sera ce qui le rassure.

A mon avis une grande part des modifications de caractère des personnes qui deviennent dirigeants vient de cette dimension très angoissante, du risque de perdre un contact avec la réalité concrète.

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Déléguer n’est pas toujours facile

Ainsi la méfiance dans la délégation est elle le tout premier symptôme de cette crainte ou de ce regret à l’entrée dans la réalité « différente » constituée par le monde du pouvoir. Que de mal on peut avoir à déléguer spontanément. Avec une certaine habitude, la force de la nécessité qui fait loi, il est possible d’y parvenir. La réalité affective de la confiance, vient offrir une dimension tangible mais malgré tout mouvante et toujours à vérifier auprès des hommes de confiance, qui transmettent et rassurent sur ce point que, à l’extérieur, la réalité est toujours telle qu’elle est. Mais comment ne pas imaginer qu’ils sont eux aussi dans des enjeux tels que la confiance qu’on leur accorde ne peut se passer de contrôle. Même les hommes de confiance, sont peut-être différents, en RÉALITÉ.

Ainsi la tentation du contrôle dans la communication. C’est un autre élément significatif de cette difficulté particulière de la situation de dirigeant. Rien ne serait plus déstabilisant dans cette situation que de voir quelque chose échapper.  La réalité des autres à qui on s’adresse, mais qu’on ne voit, ni ne touche (à partir d’un certain moment on ne connaît plus ses employés) finit par devenir ténue. Pour contrôler le climat, ne pas le laisser devenir négatif on peut être tenté de ne garder que ce qui est utile, ou gratifiant.

Ainsi encore la difficulté permanente de la transmission de l’Entreprise à un autre, successeur ou enfant, est-elle le signe d’une réelle difficulté, qui crée de l’inquiétude autour de la capacité à rejoindre le monde des hommes « non dirigeants », certes moins virtuel mais plus limité, Comment un jour ne plus diriger ? Comment peut t-on avoir été dirigeant et penser réellement à la retraite ?

Quand on a goûté de la position de dirigeant, et de son paradis virtuel du pouvoir il est difficile de retrouver, même si elle est plus confortable ou vivable, une position différente. Pourtant c’est bien la capacité à ne pas se laisser intoxiquer par la grandeur virtuelle du monde du pouvoir qui va faire la force paradoxale du dirigeant, et sa capacité à tenir bon à la barre dans les réalités virtuelles de la direction comme dans la réalité concrète.

C’est ainsi que je traduis le paradoxe de la transmission, que le dirigeant ne doit pas avoir peur de perdre une certaine forme de contact avec la réalité, et ne pas craindre de rester enraciné dans le concret. D’où l’intérêt pour lui, d’être aussi souvent que possible affirmé sur sa personnalité et sur ce qu’il est avant de devenir dirigeant.

Vous l’avez compris, c’est le quatrième renoncement constitutif de la situation de dirigeant que j’énonce ici. Le renoncement à contrôler toujours la réalité.  Et je m’arrêterai là pour les renoncements, parce que je pense que vous commencez à trouver que ça fait beaucoup de renoncements pour un homme ou une femme qui a la réputation de gagner, avancer, posséder, conquérir, obtenir….


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Le paradoxe du dirigeant : la décision (3/4)

Au plan psychologique, le fait d’être dirigeant installe toute personne dans une situation qui apparaît souvent enviable, par l’image de liberté, et de libre arbitre qu’elle donne. Sur le fond, cela est vrai.

Cependant, diriger se paie aussi de l’immersion dans des paradoxes qui aboutissent à faire du dirigeant un « exilé de lui-même » permanent. Cette situation apparemment indolore, n’est pourtant pas inoffensive et oblige à mettre en œuvre spontanément des solutions de gestion de l’inquiétude et de l’idéal qui coûtent cher en énergie personnelle.

Les paradoxes du dirigeant d’entreprise sont au nombre de 4 : Paradoxes de la vision, de la direction, de la décision, de la transmission, qui feront chacun l’objet d’un article. Nous continuons avec le paradoxe de la décision.


Nous voici arrivés à un troisième point concernant la personnalité des dirigeants. Ce troisième point c’est la question  » isobarique »  de la pression, du stress, de la tension. La situation de dirigeant en effet soumet à deux situations incontournables : la décision et le conflit. C’est ce qu’on appelle la responsabilité.

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« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »

La décision. La décision, la situation de décision c’est l’essence même du statut de dirigeant. Qui le met dans un situation très paradoxale : il doit décider seul, et il ne peut décider seul.

L’attitude la plus courante, normale, pour beaucoup des gens sur cette terre, devant la décision c’est de se défiler, ou de refiler. Je ne suis pas là, ou c’est pas de ma faute. Tout le monde sait bien que le chef est là pour qu’on dise de s’adresser à lui pour prendre une décision. En fait, dans la vie, peu de gens prennent eux mêmes des décisions, ils les font prendre, ou renoncent à les prendre, s’appuient sur ce qui a été fait avant, ou font confiance à l’habitude ou à la tradition. Ce n’est pas là forcément de la faiblesse, comme on pourrait le croire à priori, c’est simplement l’absence de plaisir à  faire un choix, ou la peur d’avoir un désir, ou l’erreur de penser qu’il n’en ont pas, l’erreur de croire qu’ils n’auraient pas le droit d’en avoir un.  Tout cela  est souvent lié à des expériences familiales et éducatives peu favorables à la manifestation de son désir justement.

Le dirigeant est, par lui même, ou va se trouver obligé, par sa situation de dirigeant, de se « coltiner », de se confronter à la question de la décision. Décider c’est faire un choix, faire un choix c’est renoncer. On pourrait ajouter, renoncer c’est forcément déplaire à quelqu’un et parfois même à soi même. Je crois qu’on touche là, une des différences particulières du dirigeant. Il prend son parti de ne pas plaire à tout  le monde, de ne pas être aimé par tout le monde. Par là même il renonce à un espoir insensé mais oh combien partagé, d’éviter le conflit avec soi même et avec les autres. Il prend le risque, en décidant de ne pas être conforme avec son idéal, ou avec l’image qu’il veut donner, d’être déchiré, bref il renonce à sa propre unité.

Parce qu’il a une vision, parce qu’il doit donner une direction le dirigeant doit de plus assumer par la décision, la séparation fréquente avec lui même et avec les autres.

Ça ne se passe jamais facilement, même si de nombreux dirigeant voient dans le conflit une source importante de leur satisfaction au travail ; mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. Le conflit avec d’autres qui ne partagent pas sa vision, passe encore, mais le conflit avec soi, c’est autre chose.

La pression la plus importante, à ce que je constate, vient manifestement de ce conflit fréquent avec soi au travers de la décision. L’environnement fait de tel sorte que les valeurs doivent être revues à la baisse, les compromis glisser vers ce qui peut ressembler à des compromissions. La résistance est nécessaire contre ces mouvements de glissement, c’est une source considérable de pression.

Dans la vie bien des gens ont, vis à vis de la décision, la possibilité permanente du recours par le dessus. Qui leur apporte du confort, mais aussi les prive d’exercer ce qui est un bien précieux. Le dirigeant, lui, a développé, ou fini par développer un sentiment de plaisir, non pas à décider, qui n’est jamais véritablement agréable en soi, mais à percevoir ce qu’il évite, en prenant des décisions. Il évite l’aliénation. Sa différence est là.

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« Décider c’est faire un choix, faire un choix c’est renoncer », comme Néo dans le film « Matrix »

Plus loin et fin du fin de la décision, il faudra aussi apprendre à ne pas se faire valoir de cette décision, laisser les autres y avoir accès, et finalement  de la voir disparaître comme preuve de son courage de dirigeant pour la voir devenir une chose évidente que tout le monde bien sûr, aurait, ou pas, fait à sa place.

La décision est bien la Troisième particularité du dirigeant, le troisième renoncement, troisième paradoxe et exil de soi même, celui de la décision, qui oblige à renoncer à être soi, pour décider pour les autres.

Bientôt le quatrième paradoxe : la transmission.


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Le manager : jambon du sandwich ?

Comment différencier un manager et un dirigeant ? La question est importante pour éviter les confusions habituelles et permettre de se situer.

Pardonnez moi le titre de ce billet 🙂 . L’explication est juste la dessous !

Pour le dire rapidement, un manager c’est le « jambon du sandwich », il est forcément placé entre deux niveaux. Tout l’aigu de la fonction va se trouver dans la nature particulière de ce positionnement « entre deux » (Jambon du sandwich, zone entre marteau et enclume, agent de liaison, charnière, goulet d’étranglement, porte-parole, régulateur, conducteur). Le manager possède donc une délégation, sans être maitre du jeu, mais davantage un représentant qui se porte garant. C’est un N+1 qui a lui-même un N+1.

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Vous ne regarderez plus le jambon de votre sandwich de la même manière

Un dirigeant (PDG ou créateur) c’est un manager qui n’a pas de N+1 dans l’entreprise.

Image Gallery tartine confitureUn dirigeant c’est le « beurre ou la confiture de la tartine » : il est au-dessus. Le « Directeur » donne la direction, il est celui qui, éventuellement seul, possède la charge et la responsabilité d’orienter l’entreprise, comme un capitaine oriente le navire depuis la passerelle. Il est possible que les deux rôles se confondent cependant, mais c’est là une décision personnelle du dirigeant que de devenir un « dirigeant manager ». L’inverse n’est pas possible (c‘est à dire être aussi dirigeant quand on est manager) sauf dans le cas de délégation du rôle en absence ou de carence de la direction.


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Le lien au travail change, le manager doit changer : 3 particularités de la fonction managériale qui s’opposent au changement

Manager : c’est une fonction qui ne se refuse pas, dont on aura du mal à se passer (1), dont la formation est réellement rare (2), dont l’objet est fondamentalement toujours absent (3).

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Chacun de ces trois points, représente naturellement un frein à la modification de cette fonction :

La première : « ça ne se refuse pas »

Si vous n’occupez pas encore cette fonction si particulière de « management », vous aurez l’obligation de la prendre quand elle se présentera ou quand on vous la proposera. La refuser serait de toute façon assez risqué, mal venu, grossier peut-être, considéré comme lâche, même si, à l’évidence, c’est une sorte de cadeau empoisonné qui vous est alors fait. Cela se présente comme une promotion, sans aucun doute, en reconnaissance de votre autorité de compétence, issue de votre capacité technique en général. La nomination annoncée au poste, tout comme la place sur l’organigramme, complètera votre légitimité. Et puis, pour être franc, disons-le : il se peut que vous y ayez déjà pensé, que la tentation vous soit déjà venue de devenir manager, que l’envie de l’être se soit parfois dessinée.

Une fois devenu manager, vous avez constaté que vous n’aviez plus envie de revenir en arrière ; chaque difficulté, fût-elle parmi les plus importantes vous donne envie de la combattre, chaque réussite, même la plus petite, vous pousse à aller plus loin.

Seconde particularité : la formation du manager

Même si de nombreuses « Écoles de commerce » se présentent dorénavant comme « Écoles de management » rien n’est moins fixé que la formation au management. Cette imprécision est confirmée par le nombre extraordinaire de publications et de propositions de formations continues sur le thème. Même si vous n’avez jamais eu la moindre formation sur le sujet, la pratique, l’intuition, les conseils de votre papa, de votre conjoint, de votre ancien boss, les expériences antérieures vécues, ajoutés à votre connaissance du métier, la lecture d’un des innombrables ouvrages traitant du sujet, l’implication au sein d’un réseau professionnel et au final le fait d’être managé vous-même, ont pallié cette carence, au demeurant encore très largement répandue.

Le management est du domaine de la psychologie appliquée, mais la « psychologie du management » est au final un corpus peu constitué donc peu connu, et par conséquent très peu enseigné. Dans la psychologie du travail on trouve des thèmes assez opérationnels : Prise de décision; motivation du personnel; leadership et exercice de l’autorité; fonctionnement en équipes;  influence sociale et persuasion; engagement et implication organisationnelle; apport de la psychologie des groupes à l’organisation; formes actuelles du stress dans le travail; stress et souffrance au travail.

Cependant, en pratique, ces thèmes sont essentiellement traités en formation continue, sans référence à une théorie de « psychologie du management », d’ailleurs ne vaudrait-il pas mieux parler de management psychologique ? Cela explique l’apparence très éparpillée encore, de « ce qui est nécessaire aux managers en matière de psychologie ».

La troisième particularité : l’objet du domaine de la « psychologie managériale »

Elle n’a jamais été perçu clairement. Quel est l’objet supposé de la psychologie du management, sur lequel il faudra se centrer ou qu’il faudra viser en toute circonstance. Peut-être celui-ci est-il supposé évident, tellement connu qu’il n’est pas besoin de l’évoquer ? Ou qu’un groupe d’objets le représentent comme : le pouvoir, le contrôle, l’équipe, la production, la protection, la performance, la décision, la motivation, ou même « le sale boulot » comme disait Mintzberg ? L’agglomérat de tous ces points ne donne pourtant pas davantage de cohérence et permettrait seulement au manager de s’affirmer dans l’un ou l’autre des points évoqués, mais pas vraiment  de se situer dans sa fonction.

Pas de recul possible face à la séduction du pouvoir, pas de formation réelle au management psychologique, pas de corpus véritable en appui, mais des expériences de terrain, un objet non réellement défini : la fonction managériale n’est pas prête à se laisser modifier sans  résister


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