Personnalités dangereuses au travail

Une question de sauvegarde psychique des managers.

J’ai parfois été surpris par le succès régulier de mes interventions en formation (ou en situation) sur la gestion des personnalités difficiles et dangereuses au travail.

En effet, de nombreuses publications et interventions portent déjà globalement sur ce thème. Si j’avais souhaité croire un instant que la raison de cette situation tenait dans mes capacités exceptionnelles de conférencier, j’aurais dû déchanter.

Car la raison tient seulement dans le fait d’exposer le terme de personnalité « dangereuse« , qui dévoile une situation réelle mais ignorée : l’existence de structures de psychose  » socialisée« .

La caractéristique « socialisée » indique que les difficultés habituelles à une structure mentale maladive, à savoir l’impossibilité de Co construire la réalité avec les autres, et l’objectivation irrépressible des personnes, ne sont pas visibles immédiatement chez les paranoïaques et les pervers moraux.

Car c’est bien d’eux qu’il s’agit.

Les 15 années passées dans le domaine de la pathologie psychique (sociothérapie des psychoses, expertises devant la cour d’assises) m’ont familiarisé avec ces personnalités particulières.

Mais en passant les 15 années suivantes dans le domaine du conseil aux entreprises (management du l’identité professionnelle et de l’engagement au travail), j’ai découvert que la question se posait dans l’entreprise de façon assez fréquente, au point de repérer que 75% de ce qui se constituait comme plaintes psychosociales comprenait une composante importante de « relation avec une personnalité difficile ».

C’est à cet endroit qu’il faut comprendre qu’il pourrait s’agir d’un problème de « santé publique managériale » i.e. de sauvegarde psychique des managers et des équipes.

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L’apprentissage, avec les précautions éthiques qui s’imposent,  de la gestion correcte de ces comportements devrait être partie intégrante de la boîte à outils de tous les managers.

Réf : Roland Guinchard

 » Personnalités difficiles et dangereuses au travail »

« Identifier les comportements et gérer les troubles » Masson 2013

cf. site : http://www.personnalites-difficiles-ou-dangereuses-au-travail.com/


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Désir de travail et plans sociaux : Une histoire de charrette

Le traitement social du chômage commence par le traitement psychologique du lien au travail

Les circonstances actuelles des plans sociaux dans l’agroalimentaire de Bretagne me renvoient au souvenir de ma première mission en entreprise, il y a 20 ans,  dans un secteur très touché à l’époque : la conserverie. Cela s’appelait, fort délicatement, une « charrette » qui consistait à « accompagner » 60 ouvrières vers une sortie définitive, avec la maigre consolation d’une indemnité rachitique, une rapide préparation à la recherche d’emploi et l’offre de se partager 3 postes de caissière dans le supermarché de la ville voisine.

Je me préparais à trouver le moyen d’arbitrer l’empoignade prévisible pour ces 3 petites places de survie mais la difficulté fut tout autre : parmi ces femmes, aucune ne voulut se préparer à la recherche d’emploi, aucune ne revendiqua la possibilité d’occuper un des postes de caissière.

Avec effarement, je constatais qu’elles considéraient leur minuscule indemnité comme des congés payés et le temps de formation comme l’occasion de parler d’elles.

Pour comprendre cet étrange attitude, je fus prompt à mobiliser l´idée reçue du processus de deuil de l’emploi, réputé démarrer par un fort déni de la réalité. J’y ajoutais, touche personnelle, le deuil de l’identité culturelle du milieu de la pêche.

Mais en fait,  si la nostalgie d’un temps révolu était bien  présente,la conscience de la réalité de perte d’emploi était très forte et le deuil était déjà fait depuis longtemps.

La question de l’emploi était prématurée, celle du deuil, dépassée.

Quel était le problème alors ?

Pour ces femmes, si la question de leur emploi ne se posait pas, c’est que s’imposait une question plus profonde : auraient elles envie à nouveau de créer encore la forme d’un investissement professionnel différent ?

Plus que d’une formation elles voulaient seulement user de cette dramatique mais exceptionnelle possibilité de se situer une nouvelle – ou première – fois vis à vis de leur lien au travail, de redéfinir sans apriori leur identité professionnelle.

Cette histoire me renvoie aujourd’hui à la question des plans sociaux et du traitement social du chômage qui fait l’erreur de proposer beaucoup trop vite reconversion, projet, voire emploi, sans jamais financer pour quiconque la possibilité d’une écoute pourtant absolument indispensable, visant à ré identifier : désir de travail, lien au travail et identité professionnelle. C’est toujours après coup que tous, financeurs et personnes concernées, se rendent compte que cela aurait pourtant été nécessaire et efficient.

Construire, proposer et utiliser les outils de cette écoute particulière est la tâche à laquelle se consacre entre autres, mon cabinet.

Burn out à la télé : la jouissance des masochistes

L’ennui émanant de l’émission de France 2 sur le burn out a bien montré à quel point une réflexion sur le  lien entre un être humain et son travail restait bloquée à un endroit de réflexion ergonomique.

On doit déplorer que les choses se passent ainsi. Pourtant, personne ne remet en cause la nature du travail comme unique contrainte externe. En conséquence, sur la question du sens du travail les choses se gâtent : un sens favorable du travail est un emploi où la contrainte des tâches est légère et forte l’initiative, un sens défavorable étant à contrario une forte contrainte et une marge de liberté réduite.En effet aujourd’hui chaque saison apporte son lot médiatique de suicides pour cause de trop grande amplitude d’horaires comme le disait à propos de Renault le patron d’un cabinet « spécialisé ».

Dans ce dernier cas on aboutirait DONC au burn out et à la douleur. Forte psychologie en vérité que celle qui consiste à dire que, si on tape sur quelqu’un, il lui arrive d’avoir mal.

J’ai montré par ailleurs qu’il n’y a pas d’autre sens au travail que la perpétuation de l’espèce et sa manifestation sous forme pulsionnelle. p.e. que le travail est aussi une pulsion qui doit  « sortir et laisser une marque », viser un objet (les autres),  se structurer dans des phases idéales et masochistes ce mouvement énergétique s’accompagnant de la production simultanée d’anxiété.

Le burn out est la débâcle énergétique se produisant chez une personne lorsque le mouvement pulsionnel d’expression ou d’impression est empêché et que la gestion de l’anxiété est négligée.

Cela ouvrirait peut être à d’autres solutions moins spectaculaires mais plus proches des sujets qui souffrent, que la mise en scène rituelle sur nos petits écrans d’une jouissance masochiste collective à propos de victimes qui aiment parfois trop exhiber ces douleurs.

Désir de travail et Dimanche

JEAN AYISSI/AFP PHOTO

Normalement, le fait de proposer un loi autorisant ceux qui sont d’accord, à travailler « le jour du seigneur », ne devrait pas poser de problème. Mais on constate qu’une bonne demi douzaine de politiques s’y sont cassés les dents et le dernier en date ne devrait pas échapper à la règle. Quelque chose cloche, le débat continue, dans un bricolage permanent,  c’est le cas de le dire.

Les arguments des pros et des anti travail dominical, il faut le reconnaitre , s’équilibrent pied à pied ( cf fin du post). Cette opposition, acceptable, indique de notre point de vue une ignorance de la nature profonde du lien au travail. L’incontestable composante « contrainte » du travail est réelle mais n’en  représente que la surface visible représentées par les « tâches » (en général rapidement qualifiées de pénibles).

Tout le monde est d’accord : ces tâches doivent le moins possible menacer l’intégrité physique,  morale ou affective des sujets  et être pourvues de contrôles exigeants.

Mais il faut aussi en connaître un élément essentiel et caché.

Ces tâches ne constituent en rien l’essence du travail.

En effet le travail est pourvu d’une nature notoirement plus importante et complexe que ne le laisse supposer son expression sous forme de « boulot »

Derrière la tâche il y a l’énergie du désir de travail. J’ai consacré, avec Gilles  Arnaud un livre entier à ce concept et Wikipédia recèle son résumé, nous n’en donnerons que les caractéristiques essentielles voir Wikipedia ( Désir de travail), ou le rappel de 10 points en fin de cet article. Contentons nous pour l’évoquer d’un paragraphe , qui vaut son pesant de cacahuètes et de froncement de sourcils

Puisqu’elle est pulsionnelle on ne peut échapper à la force inconsciente qui mène d’une part vers l’amour, d’autre part vers le travail. Ces deux forces sont pourvues de dynamiques similaires mais non identiques visent le même projet de perpétuation de l’espèce mais avec des objets différents : l’amour vise « l’autre » , le travail « les autres ». Dés que d’une façon quelconque, on touche aux caractéristiques  de cette énergie la machine sociale est prise de soubresauts ( mariage pour tous, travail le dimanche sont des exemples récents).

TROIS CARACTÈRES du DÉSIR DE TRAVAIL  : SENS. SCANSION. SINGULARITÉ.

Parmi d’autres :

La recherche du sens : le sens pris par le Désir de travail passe entre la recherche de la vérité, la recherche du pouvoir, la recherche de la réalité. La répartition particulière de ces inconscientes modalités doit se glisser entre les obligations sociales et les besoins propres au sujet. Le travail le dimanche permettrait bien de répondre, pour pas mal de gens, à cette dimension

La scansion : l’alternance travail / non travail ( et non  celle : « travail / repos ») est totalement nécessaire pour maintenir vivante le dimension du désir de travail. Le travail du Dimanche, en gommant une possibilité d’alternance est une menace à la constitution de ce processus. Travailler sans cesse épuise les ressources symboliques personnelles autant que le corps.

La singularité : l’expression finale du Désir de travail, quelle que soit sa forme,  relève bien d’une ré appropriation particulière des offres d’emploi ou d’activités qui lui sont proposées sur le marché social. L’opération s’effectue pour chacun selon des modalités personnelles inconscientes, historiques et insaisissables. La variété de ces offres favorise l’expression du désir de travail. Le travail le dimanche y ajoute une possibilité.

Le résultat serait donc favorable, sur ces trois critères,  au travail le dimanche, qui apparaît en l’instant, plutôt cohérent avec la dynamique particulière du Désir de travail.

LE PROJET D’UNE NOUVELLE CLASSE DE TRAVAILLEURS

Cependant tout cela doit se jouer dans une perspective d’articulation des trois dimensions : individuelle, collective et sociale. Sans quoi la notion ne serait qu’une incantation exacerbée au plus absurde des individualisme.

De ce point de vue « le travail le dimanche » devrait être possible pour ceux qui ont besoin ou envie de le faire, à la seule condition (cohérente avec le désir de travail) de fonder un projet ambitieux de transformation de la vision du travail, projet politique assumé susceptible de concerner chaque citoyen et toutes les entreprises créant une vraie nouvelle voie pour l’inscription dans le travail par la création d’une nouvelle classe de travailleurs

1) Ceux qui seront davantage orientés « adaptation aux opportunités » qui peuvent travailler aussi le Dimanche dans certaines conditions ( ce qui est actuellement le seul cas envisagé)

2) Ceux qui seront davantage orientés  » maintien de repères connus » qui ne travailleront jamais le Dimanche pour des raisons qui les regardent. ( c’est le cas des opposants au projet)

3) les nouveaux travailleurs, ceux qui seront inconsciemment orientés « acceptation de normes nouvelles » qui ne travailleront que le dimanche : retraités, étudiants, stagiaires, chômeurs longue durée et d’autres encore

Chacun des trois cas devant pouvoir bénéficier de toutes les sécurités, et des conditions spécifiques, contrôles relatifs à leur état, de telle sorte que cette nouvelle possibilité n’ouvre aucune facilité au non droit et plus de fluidités au désir de travail.

Nous reviendrons évidemment sur la possibilité d’inventer ces nouveaux travailleurs

1) La synthèse des arguments.

Pour : On doit bien constater la diminution ou disparition des contraintes religieuses originaires. Le travail dominical est une nouvelle liberté, la possibilité d’un gain de productivité pour sortir de la crise. Cela s’appuie sur le respect de la liberté du citoyen dans une démocratie et maintient la possibilité d’une amélioration choisie de l’organisation de l’existence, si on accorde un peu de foi à l’adaptation progressive des hommes à la modernité

Contre : il faut préserver le repos le dimanche car il s’agit du maintien de la garantie d’un temps passé en famille, d’un repère à dimension historique, symbole d’une culture identitaire. Cette disposition est une nouvelle contrainte cachée, la négation des avantages acquis de haute lutte, pour le progrès de l’homme, l’arrogance néo esclavagiste d’un libéralisme mondial pervertissant la démocratie. Gardons de la vigilance vis à vis de la capacité des foules à accepter l’asservissement.

2) 10 caractéristiques du désir de travail :

  1. le désir de travail est pulsionnel au sens strict
  2. inconscient,
  3. visant fondamentalement la survie de l’espèce,
  4. vectorisé i.e. pourvue d’un sens.
  5. exigeant une scansion,
  6. régulant en permanence la question du lien entre le sujet et l’objet
  7. devant perpétuellement trouver dans la tâche qui l’exprime et les résultats qui l’impriment, les symboles de son origine ( les signifiants pulsionnels du sens du travail),
  8. satisfaisant d’inévitables motions sado-masochistes, pour élaborer de protectrices instances idéales,
  9. devant se laisser accepter par le regard social et – last but not least –
  10. pourvu, malgré les apparences, de modalités absolument singulières d’un sujet à l’autre.