Les paradoxes du dirigeant

Bonjour à tous,

Nous repartons sur une série d’articles. Cette fois ci nous nous concentrons sur les paradoxes du dirigeant.

Bonne lecture à vous 🙂

 

 


Au plan psychologique, le fait d’être dirigeant installe toute personne dans une situation qui apparaît souvent enviable, par l’image de liberté, et de libre arbitre qu’elle donne. Sur le fond, cela est vrai.

Cependant, diriger se paie aussi de l’immersion dans des paradoxes qui aboutissent à faire du dirigeant un « exilé de lui-même » permanent. Cette situation apparemment indolore, n’est pourtant pas inoffensive et oblige à mettre en œuvre spontanément des solutions de gestion de l’inquiétude et de l’idéal qui coûtent cher en énergie personnelle.


Introduction

Les paradoxes du dirigeant d’entreprise sont au nombre de 4 : Paradoxes de la vision, de la direction, de la décision, de la transmission, qui feront chacun l’objet d’un article sur le blog. En fait le chef d’entreprise se voit contraint de modifier les données fondamentales de son désir de travail (dette paternelle, rêve mégalomane, fantasme du labeur, haine du désir), jusqu’aux bases du vécu de la castration symbolique.

Le résultat en est une position entre inquiétude et idéal qui fait sa différence. Le dirigeant voit apparaître alors les défauts de ses qualités. Ces « défauts utiles » créent des risques spécifiques qui doivent se gérer comme les autres.

Etre un manager complet n’est pas réservé à quelques privilégiés, car la connaissance des données concernant le lien entre le dirigeant et son désir d’entreprendre lui permettent de mieux définir sa façon « d’œuvrer » et de mettre en place pour lui-même un programme régulier d’entretien de la capacité à décider vite et bien, comme du sens de la réalité entrepreneuriale.

En fait, s’il est sûr que le dirigeant est différent, il doit surtout trouver les moyens de le rester et de l’assumer en permanence sans défaillir devant le risque du vertige de direction.

Dirigeant : une situation extraordinaire ou une personnalité particulière ?

Un chef d’entreprise, pourrait-il vraiment devenir différent à partir du seul moment où il serait en position de prendre la responsabilité d’une organisation de travail et des hommes qui y sont employés ?

Il est certain que le seul fait d’être dans une position de responsable mobilise des forces et des attitudes, des émotions et des sentiments, des impressions et des souvenirs, des orientations et des pensées un peu différentes. Rien n’a changé, mais pourtant tout est différent, tout est pareil et pourtant rien n’est comme avant… »Avant », c’est-à-dire au moment où on n’était pas encore responsable, peut-être déjà manager, mais pas encore dirigeant.

La responsabilité d’un groupe d’humains dans le cadre du travail est une expérience dont on ne sort pas complètement indemne. Il n’y a rien là qui soit pourtant extraordinaire, mais, quel que soit le niveau auquel cette activité nous échoit, « l’être chef » est un état très spécial : on peut discuter à l’infini s’il est inné ou acquis, s’il est naturel ou pas, s’il tend à uniformiser ou à faire surgir les différences entre les gens qui le vivent, il demeure que cette position représente une expérience qui modifie le point de vue existentiel… qui oblige à quitter des positions antérieures.

Pour donner un tout premier élément de la réponse on peut dire qu’une des caractéristiques majeures de cet état « d’être chef » est qu’il oblige, malgré les apparences (qui trompent même celui qui est paré du statut), à renoncer à quelque chose. On pourrait penser à l’inverse que le fait d’être dirigeant, les raisons pour lesquelles cela pourrait être motivant, apporte des avantages, qu’il donne quelque chose de plus , qu’il permet de combler des manques, qu’il est une supériorité acquise peu à peu au prix de courage, de chance et d’opiniâtreté, une espèce de gain.

Mais pas du tout : en réalité le fait d’être chef fait perdre, amène à renoncer. Il est en quelque sorte une expérience d’exil de soi. Il n’est jamais facile d’assumer toutes les conséquences de cette situation parce que ces dernières ne sont pas toutes clairement perceptibles. Elles échappent pour la plupart à la conscience et parfois même à la logique. Perdre quoi ? On y répondra bientôt.

Pour y arriver, je vous propose de décrire d’une façon plus exhaustive ce qui, dans la position de responsable, manager stratégique, chef d’entreprise, dirigeant donc, se mobilise, avec, selon les circonstances, des conséquences positives et négatives sur le comportement et le vécu. Je ne m’attache ici qu’à reconnaître ce qui va faire qu’un chef d’entreprise est amené à être quelqu’un de différent, à mettre en lumière ce qui va l’obliger à avoir sur lui même, sur les autres et sur les événements une opinion et des attitudes qui ne seront pas celles de tout le monde.

Ce petit catalogue des particularités psychologiques de la situation de responsable dirigeant, permettra de comprendre les forces et les fragilités que développe l’exercice de la direction des hommes au travail. Avec un objectif pratique : l’utilisation qu’on peut en faire pour « sa gouverne personnelle ».

Il sera possible aussi de savoir comment adopter un point de vue efficient, psychologiquement parlant, sur son action de dirigeant.

Il y a, à mes yeux, 4 contradictions fondamentales par lesquelles le fait d’être dirigeant oblige quelqu’un à être différent de ce qu’il serait spontanément, sans cela. Je vous les livrerai bientôt sur ce blog dans un ordre qui n’est pas forcément un ordre d’importance…


Le site du cabinet Montgolfière Management, (Mesure de l’ambiance de travail et prévention des RPS)cropped-cropped-logo_rolandguinchard_200x400mm-copie-e1387202729610.png

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Le paradoxe de la situation de travail (1)

Bonjour à tous,

Voici quelques mois que je n’ai plus publié sur mon blog. Il était temps de remédier à cela avec une série d’articles sur les paradoxes du travail. Voici le premier de la liste. Bonne lecture à tous.


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Le travail est une situation à proprement parler extraordinaire pour tout esprit rationnel. Comment expliquer en effet que des gens qui ne se sont pas vraiment choisis acceptent d’être rassemblés pour faire ensemble des choses qu’ils ont rarement vraiment décidées ? Pourtant ils continuent à travailler, toujours « plus ou moins » ensemble.

C’est notre cas à tous, que nous soyons employés ou employeurs, clients ou fournisseurs. La plupart du temps, nous laissons cette situation perdurer au fil du temps, bien qu’elle soit au final assez souvent vécue, comme prégnante, préoccupante, saisissante, d’une façon que nous ne maîtrisons pas.

Que cela soit prégnant est attesté par le fait banal de la compulsion à parler du travail :

« Dés que la journée de travail est terminée, il me semble urgent et important de trouver un interlocuteur auquel j’irai raconter les points essentiels de ma journée de labeur. Ce qui vient alors dans ma bouche est constitué ordinairement d’un peu de plainte, de quelques médisances, d’un doigt de vantardise, de critiques aigres concernant ceux qui sont au dessus de moi, de remarques parfois désobligeantes à propos des collègues, ou de ceux qui dépendent de mes décisions. »

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Un migrant révèle notre maladie du désir de travail

Cet article est paru dans le Huffington Post du 30/09/2015
 (Cliquer pour voir cet article sur le site web du Huffington Post) / Le Twitter du Post 

Migrants en Allemagne

Humanisme et réalisme

L’Allemagne accueille favorablement les réfugiés. Dans ce pays, humanisme et réalisme font bon ménage. Lors d’un reportage sur une chaîne d’information continue, le dirigeant allemand d’une grosse PME de mécanique et soudage, explique qu’il a recruté et formé plusieurs travailleurs migrants. L’un d’eux, d’origine africaine est d’ailleurs interviewé, et de dessous son casque de soudeur, tout sourire, dans un anglais très correct, indique à quel point il est satisfait de bien gagner sa vie et de se sentir intégré.

Retour sur le dirigeant : il fait part de son expérience et procède à quelques déclarations attendues. Il a le sentiment de faire son devoir, en participant à l’accueil et l’intégration de ces migrants ; par ailleurs, il aide ainsi l’Allemagne qui manque de bras et va avoir du mal à payer ses retraites. Parlant de l’employé interviewé, il précise qu’il a pris en charge de A à Z, sa formation de soudeur spécialisé.

Puis, comme s’il s’agissait d’un détail, en une pirouette de conclusion, il précise la raison qui lui a fait choisir ce candidat, qui justifie l’investissement de l’entreprise : il est sincèrement « motivé », ce qu’il décrit comme un « plus » non négligeable.

On peut penser que le soudeur est satisfait de son sort, seulement parce que son pays d’origine, instable et peu développé, ne peut pas lui offrir les mêmes avantages et garanties.

Mais c’est insuffisant. En quelques secondes et sans le dire, par sa voix, son regard et son attitude le soudeur interviewé montre bien qu’il est motivé aussi parce qu’il est motivé.

Et que c’est tout simplement ça que son patron a recruté. Je suis ravi de la situation du soudeur et de son employeur, ils ont l’air mutuellement et sincèrement satisfaits et je les laisse à leur arrangement sans autre commentaire.

Pourtant je reste pensif : on en est là ? Il faut recruter ailleurs de la motivation ? Ce n’est pas tout à fait comme rechercher des compétences…

La motivation : pur produit du désir

La question se pose : dans un contexte de chômage et de difficulté économique, des milliers d’emplois ne sont pas pourvus. Dans mon métier, je croise tous les jours des personnes désespérées par l’ennui, la violence ou par des absurdités de management. Je trouve aussi des managers découragés de ne pouvoir maintenir un niveau d’effort suffisant dans leurs équipes. On découvre encore des fonctionnaires abasourdis par les exigences absurdes de leurs tutelles et d’autres totalement repliés ou accrochés à l’inutilité tatillonne de leur tâche obscure. On trouve des quinquas terrifiés à l’idée de leur inemployabilité et des jeunes qui préfèrent prendre tout ça avec légèreté, recul ou indifférence, en attendant mieux, demain. Et ces politiques qui regardent le bout de leurs chaussures électorales au lieu d’ouvrir les yeux sur les questions immenses qui attendent le monde. Sans parler de ces enseignants qui s’épuisent à agir dans un système trop vieux, trop lourd, définitivement condamné, mais qui refuse de mourir, donc renonce à renaître pour préserver les avantages médiocres de ceux qui ont oublié pourquoi ils étaient là.

Pourquoi devient-il difficile de trouver, et à fortiori de recruter des gens motivés dans l’occident des pays riches ? Parions sur les quolibets, garantis, à l’égard de qui parlerait d’une « relation naturelle avec le travail salarié dans un rapport satisfaisant pour les deux parties ».

Qu’est-ce qui rendrait donc les ressortissants de la vieille Europe si dépourvus de cette dimension: le désir de travail.

Pourtant il est là, le désir de travail, qu’on le veuille ou non, car selon nous, cette dimension proprement anthropologique est engrammée dans l’espèce humaine pour sa survie. Son origine pulsionnelle nous permet de penser que ce désir ne meurt jamais qu’avec le corps. Il ne faut jamais parier sur la mort du désir sans disparition du sujet. Mais tout psychanalyste sait que c’est aussi un des modes d’expression de ce désir que de se trouver ralenti, inhibé, empêché, gourmé…

La maladie de désir de travail en Occident

Ce n’est pas de chance si cela nous arrive car le désir de travail est la toute première denrée psycho économique disponible. Certains pensent que c’est le besoin ou l’envie, alors que ces derniers ne sont que des avatars « pervertis » du désir de travail.

Qu’est-ce qui peut donc ainsi inhiber notre désir de travail ? Je ne connais qu’une réponse suffisamment vaste pour embrasser l’ampleur de la question : la peur.

Cette peur est en général exprimée au travers d’un fantasme (le fantasme est une petite structure inconsciente interne construite précocement, un mini scénario répétitif, qui oriente nos représentations, pensées et perceptions. A priori individuelle, cette structure est parfois contagieuse, devenant partagée et collective, groupale, voire sociétale, mais toujours inconsciente).

Notre société est vieille, son identité est devenue fragile, composée de restes, éculée, nostalgique, ressassant sa grandeur passée et ses grands moments, face à un monde jeune et émergent, trop grand et trop vif pour entrer dans le champ de vision de nos égoïsmes de vieillards.

La peur, c’est celle de mourir. Le fantasme de nos pays est le suivant : en se crispant on ne mourra pas. La crispation se fait sur la sécurité… forcément. Or, la sécurité est une drogue dure qui donne l’illusion de la survie « en l’état », pour l’éternité, avec « les états » comme fournisseurs et dealers. Tout cela nous rend incapables de bouger, par peur de perdre des avantages insignifiants, des illusions infantiles, des rêves dépassés. En fait, ils sont déjà perdus. Et cette Europe-là, qui se donne des airs modernes pathétiques à Strasbourg et Bruxelles est déjà morte.

Tout cela nous rend incapables de vivre le travail avec la seule chose qu’il apporte : un accomplissement et un chemin encore ignoré et à construire.

Pourtant je le redis, si son expression défaille parfois, le désir ne meurt jamais.

Le désir de travail sera notre seule brique économique !

Alors : « le désir, soit, mais comment faire avec, pour vivre sans peur ? »

Ne plus avoir peur c’est accepter de perdre, et de mourir à quelque chose. Le fantasme qui paralyse à son insu l’esprit du travail en Europe, ne viendra que d’accepter la mort qui a eu lieu depuis longtemps d’une quelconque hégémonie. On a perdu cela, mais la Loi du fonctionnement du désir peut nous consoler : on ne perd jamais tout, on ne meurt jamais qu’à un rêve, pour en bâtir un autre.

Laissons mourir les rêves anciens de division du monde dont procèdent nos crispations. Il y a autre chose à faire, dés à présent, maintenant mille fois plus urgent, mille fois plus grand. Ce que disait le sourire de nos protagonistes du début, soudeur et employeur, rappelez-vous.

On ne sortira de la crise que par l’innovation (des idées, émanations directes du désir) et par l’engagement (positionnement directement issu de l’intégration du désir à l’action, sans interférence). L’effort est la première denrée économique du monde. La dernière et la seule à exploiter. Aujourd’hui il faut vraiment en prendre soin. En même temps que d’aller la chercher au-delà les frontières, il faudra se poser la question absolue de sa préservation et de son entretien pour chacun d’entre nous, ici même.

Le désir de travail prend un statut d’enjeu économique central, plutôt marrant non ?
Retravailler le désir de travail pour dégager de l’engagement: à quand le « PID », produit intérieur désirant ?


rolandguinchard

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Une fête du Désir de travail. Le 1er MAI, le dernier MAIS.

Des sous et du Désir de travail

La fête du « travail comme Désir »

Un jour improbable, on se mettra à faire carnaval pour la fête du « travail comme Désir » sans se demander s’il s’agit de la fête du travail ou bien celle des travailleurs, si les américains ou les français sont à l’origine du choix de ce jour, si Pétain ou Séguy ont suscité sa réinvention.

On fêterait le Désir de travail pour embêter ceux qui veulent en permanence s’ériger comme les rois de la motivation, faire la nique à ceux qui souhaitent devenir les princes de la mise au travail (comme on dit mise en prison ou mise en bière), un doigt d’honneur à ceux qui voudraient se poser comme les régulateurs du temps de travail, un signe d’adieu à tous ceux qui voudraient en faire une chose maîtrisable, organisable, programmable et tristement pénible ou pauvrement contraignante.

On fêterait le Désir de travail pour tous ceux qui ont des idées, des projets, des rêves et la volonté de les réaliser, pour tous ceux qui savent qu’ils doivent leur réussite au Désir de travail de chacune des personnes qui sont à leurs côtés, ayant accepté de fonder leur désir sur celui là, le Désir étant aussi le Désir de l’Autre.

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