3 paradoxes du travail (le bien être au travail – La retraite – Le millionnaire)

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Le paradoxe du bien être au travail

Les contraintes de la réalité peuvent pousser quelqu’un à s’engager puis à demeurer dans des voies professionnelles peu appréciées, voire détestées, ou plus simplement encore dans des lieux d’exercice professionnel notoirement insatisfaisants. Or, même quand l’absolu de ces contraintes est levé, il n’est pas rare de voir les mêmes personnes décider de rester dans leur emploi, même sans plaisir.

Quel lien s’est donc tissé là ? On peut supposer des raisons matérielles et affectives : travailler près de sa famille, construire une maison, travailler au pays. On peut imaginer pourtant que ces raisons en elles-mêmes ne suffisent pas complètement. Il pourrait semble t-il y avoir dans la difficulté professionnelle comme la possibilité d’une expiation, à propos d’un péché inconnu, une vague culpabilité à expier ou expurger encore vis-à-vis de collègues ou même d’une entreprise, malgré, parfois, sa fin prévisible, inéluctable, qui plus est annoncée et proche. Point n’est besoin de bien-être au travail pour y être attaché, ni d’en attendre des avantages, ou la satisfaction des besoins de confort et de reconnaissance pour y rester lié. Une dimension proche de celle du sacrifice est à l’œuvre. Quiconque pratique un peu l’inconscient sait reconnaître là l’indice majeur d’une dynamique de Désir, masochiste certes, incontestablement et douloureusement jouissive.

Le paradoxe de la retraite

Quand la lassitude et l’impression d’avoir fait le tour d’un domaine professionnel apparaissent ou que le moment de la retraite se profile, alors devrait surgir un nouveau temps, comme un espace de liberté retrouvée, de repos mérité, de changement radical des activités. Or, même préparée et attendue, la retraite suscite classiquement, dans de nombreux cas un moment dépressif important. Le désir sait il vraiment ce qu’il veut ?

A vrai dire si l’on maintient l’hypothèse que la vie est marquée par deux grandes affaires : l’amour d’une part et le travail de l’autre, on peut penser que le seul avantage de la retraite, après une vie consacrée au travail pourrait être de se consacrer – enfin – à l’amour. De réaliser un fantasme de couple. Mais souvent il est tard. Et bizarrement la retraite est le début de l’ennui, ou de la dépression. Les comptables sont souvent les témoins de cette castration brutale.

Danièle :

« Toute sa vie de travail durant, ce dentiste s’est plaint à moi, qui suivait ses comptes, de son souhait de laisser enfin un jour les molaires cariées et les céramiques à poser. Il est parti à 50 ans avec des moyens confortables. Deux ans après il est revenu me voir. Après un an et demi de sentiment de vacances, il a découvert que son cabinet lui manquait et recherchait des remplacements ».

 

Le paradoxe du millionnaire

Souvent le travail n’est accepté qu’au prix de l’espoir de s’en passer enfin. Toute l’industrie des jeux de hasard est basée sur cette dimension. Gagner au loto permettrait à coup sûr de quitter les contraintes et les difficultés subies dans la tâche quotidienne. Mais, de nombreux témoignages s’en sont fait l’écho, le passage à la possibilité d’un « non travail » est rude. Quelque chose d’essentiel disparaît. Faire de la situation nouvelle un avantage passe par l’abandon de dimensions structurantes inconnues et révélées alors comme essentielles, pour en construire d’autres. Quand la pièce devient trop grande on ne peut plus s’appuyer aux murs.

Pierre :

Il ne l’espérait plus vraiment, mais c’est arrivé. Sa constance a payé autant que la foi en son étoile. Il y croyait sans y croire, mais y croyait quand même. Il a 37 ans et vient de gagner au loto. Tout lui est permis, il peut se passer de travailler, et avec un peu de crainte stupéfaite, il concrétise jusque dans sa démission ce qu’il s’était juré de faire. Des Avocats et des banquiers, puis des psychologues l’ont prévenu mais ces spécialistes bavards et attentifs ne lui ont pas laissé le temps de comprendre tout ce qu’ils disaient, et leurs avertissements restent des menaces décalées et abstraites. De plus, il est beaucoup plus riche qu’eux désormais. Il se l’était juré : une vie de loisirs et de voyages. Mais après quelques mois d’une euphorie étrange, tout retombe et le monde redevient plus gris qu’avant. Certes la ruine n’est pas de la partie, mais son énergie disparaît. Parfois il pense que le retour au travail arrangerait les choses, mais ce n’est plus possible, le décalage est trop grand. Dilapider ce qui reste ou se détruire dans sa cave résoudrait le mensonge apparu depuis le ticket gagnant.

 

Le désir de travail ne peut il donc mourir quand on lui demande de le faire?

Ashton, 62 ans l’a bien mérité, Une vie réussie de chef d’entreprise et deux affaires superbes, vendues, dont l’une remarquablement bien. Son entourage attend qu’il cultive l’art d’être grand-père dans la propriété familiale. Aussi tout le monde s’étonne quand deux ans plus tard, il propose à des anciens membres du club d’entrepreneurs auquel il appartenait de reprendre à trois une petite entreprise à « fort potentiel. ». Leur refus poli et argumenté, le laisse au bord de la dépression. Son rôle au sein d’un petit club d’investisseurs ne lui suffit pas, il voudrait vraiment s’y remettre à fond. Dans la glace il se trouve bronzé, bien conservé et malheureux.. Comment pourrait freiner cette tentation permanente de reprendre du service ?


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Personnalités dangereuses au travail

Une question de sauvegarde psychique des managers.

J’ai parfois été surpris par le succès régulier de mes interventions en formation (ou en situation) sur la gestion des personnalités difficiles et dangereuses au travail.

En effet, de nombreuses publications et interventions portent déjà globalement sur ce thème. Si j’avais souhaité croire un instant que la raison de cette situation tenait dans mes capacités exceptionnelles de conférencier, j’aurais dû déchanter.

Car la raison tient seulement dans le fait d’exposer le terme de personnalité « dangereuse« , qui dévoile une situation réelle mais ignorée : l’existence de structures de psychose  » socialisée« .

La caractéristique « socialisée » indique que les difficultés habituelles à une structure mentale maladive, à savoir l’impossibilité de Co construire la réalité avec les autres, et l’objectivation irrépressible des personnes, ne sont pas visibles immédiatement chez les paranoïaques et les pervers moraux.

Car c’est bien d’eux qu’il s’agit.

Les 15 années passées dans le domaine de la pathologie psychique (sociothérapie des psychoses, expertises devant la cour d’assises) m’ont familiarisé avec ces personnalités particulières.

Mais en passant les 15 années suivantes dans le domaine du conseil aux entreprises (management du l’identité professionnelle et de l’engagement au travail), j’ai découvert que la question se posait dans l’entreprise de façon assez fréquente, au point de repérer que 75% de ce qui se constituait comme plaintes psychosociales comprenait une composante importante de « relation avec une personnalité difficile ».

C’est à cet endroit qu’il faut comprendre qu’il pourrait s’agir d’un problème de « santé publique managériale » i.e. de sauvegarde psychique des managers et des équipes.

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L’apprentissage, avec les précautions éthiques qui s’imposent,  de la gestion correcte de ces comportements devrait être partie intégrante de la boîte à outils de tous les managers.

Réf : Roland Guinchard

 » Personnalités difficiles et dangereuses au travail »

« Identifier les comportements et gérer les troubles » Masson 2013

cf. site : http://www.personnalites-difficiles-ou-dangereuses-au-travail.com/


Désir de travail et Dimanche

JEAN AYISSI/AFP PHOTO

Normalement, le fait de proposer un loi autorisant ceux qui sont d’accord, à travailler « le jour du seigneur », ne devrait pas poser de problème. Mais on constate qu’une bonne demi douzaine de politiques s’y sont cassés les dents et le dernier en date ne devrait pas échapper à la règle. Quelque chose cloche, le débat continue, dans un bricolage permanent,  c’est le cas de le dire.

Les arguments des pros et des anti travail dominical, il faut le reconnaitre , s’équilibrent pied à pied ( cf fin du post). Cette opposition, acceptable, indique de notre point de vue une ignorance de la nature profonde du lien au travail. L’incontestable composante « contrainte » du travail est réelle mais n’en  représente que la surface visible représentées par les « tâches » (en général rapidement qualifiées de pénibles).

Tout le monde est d’accord : ces tâches doivent le moins possible menacer l’intégrité physique,  morale ou affective des sujets  et être pourvues de contrôles exigeants.

Mais il faut aussi en connaître un élément essentiel et caché.

Ces tâches ne constituent en rien l’essence du travail.

En effet le travail est pourvu d’une nature notoirement plus importante et complexe que ne le laisse supposer son expression sous forme de « boulot »

Derrière la tâche il y a l’énergie du désir de travail. J’ai consacré, avec Gilles  Arnaud un livre entier à ce concept et Wikipédia recèle son résumé, nous n’en donnerons que les caractéristiques essentielles voir Wikipedia ( Désir de travail), ou le rappel de 10 points en fin de cet article. Contentons nous pour l’évoquer d’un paragraphe , qui vaut son pesant de cacahuètes et de froncement de sourcils

Puisqu’elle est pulsionnelle on ne peut échapper à la force inconsciente qui mène d’une part vers l’amour, d’autre part vers le travail. Ces deux forces sont pourvues de dynamiques similaires mais non identiques visent le même projet de perpétuation de l’espèce mais avec des objets différents : l’amour vise « l’autre » , le travail « les autres ». Dés que d’une façon quelconque, on touche aux caractéristiques  de cette énergie la machine sociale est prise de soubresauts ( mariage pour tous, travail le dimanche sont des exemples récents).

TROIS CARACTÈRES du DÉSIR DE TRAVAIL  : SENS. SCANSION. SINGULARITÉ.

Parmi d’autres :

La recherche du sens : le sens pris par le Désir de travail passe entre la recherche de la vérité, la recherche du pouvoir, la recherche de la réalité. La répartition particulière de ces inconscientes modalités doit se glisser entre les obligations sociales et les besoins propres au sujet. Le travail le dimanche permettrait bien de répondre, pour pas mal de gens, à cette dimension

La scansion : l’alternance travail / non travail ( et non  celle : « travail / repos ») est totalement nécessaire pour maintenir vivante le dimension du désir de travail. Le travail du Dimanche, en gommant une possibilité d’alternance est une menace à la constitution de ce processus. Travailler sans cesse épuise les ressources symboliques personnelles autant que le corps.

La singularité : l’expression finale du Désir de travail, quelle que soit sa forme,  relève bien d’une ré appropriation particulière des offres d’emploi ou d’activités qui lui sont proposées sur le marché social. L’opération s’effectue pour chacun selon des modalités personnelles inconscientes, historiques et insaisissables. La variété de ces offres favorise l’expression du désir de travail. Le travail le dimanche y ajoute une possibilité.

Le résultat serait donc favorable, sur ces trois critères,  au travail le dimanche, qui apparaît en l’instant, plutôt cohérent avec la dynamique particulière du Désir de travail.

LE PROJET D’UNE NOUVELLE CLASSE DE TRAVAILLEURS

Cependant tout cela doit se jouer dans une perspective d’articulation des trois dimensions : individuelle, collective et sociale. Sans quoi la notion ne serait qu’une incantation exacerbée au plus absurde des individualisme.

De ce point de vue « le travail le dimanche » devrait être possible pour ceux qui ont besoin ou envie de le faire, à la seule condition (cohérente avec le désir de travail) de fonder un projet ambitieux de transformation de la vision du travail, projet politique assumé susceptible de concerner chaque citoyen et toutes les entreprises créant une vraie nouvelle voie pour l’inscription dans le travail par la création d’une nouvelle classe de travailleurs

1) Ceux qui seront davantage orientés « adaptation aux opportunités » qui peuvent travailler aussi le Dimanche dans certaines conditions ( ce qui est actuellement le seul cas envisagé)

2) Ceux qui seront davantage orientés  » maintien de repères connus » qui ne travailleront jamais le Dimanche pour des raisons qui les regardent. ( c’est le cas des opposants au projet)

3) les nouveaux travailleurs, ceux qui seront inconsciemment orientés « acceptation de normes nouvelles » qui ne travailleront que le dimanche : retraités, étudiants, stagiaires, chômeurs longue durée et d’autres encore

Chacun des trois cas devant pouvoir bénéficier de toutes les sécurités, et des conditions spécifiques, contrôles relatifs à leur état, de telle sorte que cette nouvelle possibilité n’ouvre aucune facilité au non droit et plus de fluidités au désir de travail.

Nous reviendrons évidemment sur la possibilité d’inventer ces nouveaux travailleurs

1) La synthèse des arguments.

Pour : On doit bien constater la diminution ou disparition des contraintes religieuses originaires. Le travail dominical est une nouvelle liberté, la possibilité d’un gain de productivité pour sortir de la crise. Cela s’appuie sur le respect de la liberté du citoyen dans une démocratie et maintient la possibilité d’une amélioration choisie de l’organisation de l’existence, si on accorde un peu de foi à l’adaptation progressive des hommes à la modernité

Contre : il faut préserver le repos le dimanche car il s’agit du maintien de la garantie d’un temps passé en famille, d’un repère à dimension historique, symbole d’une culture identitaire. Cette disposition est une nouvelle contrainte cachée, la négation des avantages acquis de haute lutte, pour le progrès de l’homme, l’arrogance néo esclavagiste d’un libéralisme mondial pervertissant la démocratie. Gardons de la vigilance vis à vis de la capacité des foules à accepter l’asservissement.

2) 10 caractéristiques du désir de travail :

  1. le désir de travail est pulsionnel au sens strict
  2. inconscient,
  3. visant fondamentalement la survie de l’espèce,
  4. vectorisé i.e. pourvue d’un sens.
  5. exigeant une scansion,
  6. régulant en permanence la question du lien entre le sujet et l’objet
  7. devant perpétuellement trouver dans la tâche qui l’exprime et les résultats qui l’impriment, les symboles de son origine ( les signifiants pulsionnels du sens du travail),
  8. satisfaisant d’inévitables motions sado-masochistes, pour élaborer de protectrices instances idéales,
  9. devant se laisser accepter par le regard social et – last but not least –
  10. pourvu, malgré les apparences, de modalités absolument singulières d’un sujet à l’autre.