Le travail et  » les bons sentiments »

Le bonheur au travail ?

Le travail n’apportera pas le bonheur, car c’est l’amour qui est chargé de cette nécessaire illusion humaine. Au mieux, parfois, le travail apportera « l’épanouissement ».

Par contre, dirigeants et employés devront réellement exiger cela : que le travail n’apporte pas du malheur, et qu’il n’abîme jamais ni le corps, ni l’amour, ni… le travail lui même.

Quant au « bien-être au travail » que tout le monde appelle de ses vœux aujourd’hui, il faudra bien que cabinets, syndicats et politiques cessent d’en parler comme d’une norme d’organisme certificateur. Car « être bien » au travail, ne relèvera fondamentalement que de la décision du Sujet lui même et de personne d’autre.

Sois heureux et travaille.

Je ne veux pas que mon n+1 cherche à obtenir mon sourire pour accroître ma productivité. Mais je voudrais pouvoir exiger de sa part les moyens de travailler proprement. Je voudrais que, par exemple, il s’arrange pour obtenir ma confiance et mon engagement productif par la clarté de sa position et que, de grâce, il me laisse en paix pour la question du bonheur, parce que ça, c’est mon existence.

« Sois heureux, et travaille » est en effet une injonction paradoxale en totale équivalence avec « travaille et tais toi ».

Le travail et les bons sentiments ?

J’aimerais voir cesser le fatras inutile des bons sentiments autour des RPS (risques psycho sociaux) dont l’hystérisation forcenée après la crise de FT qui les a mis au devant de la scène, fait l’affaire de médias, d’experts et de cabinets qui ne veulent pas les voir changer (afin de continuer à faire suer le burnous), de politiques qui osent plus y changer quoique ce soit (afin de ne pas effrayer l’opinion), de syndicats qui n’y souhaitent pas voir changer un rapport de force favorable (afin de perpétuer la tradition du combat social).

J’aimerais, je le confesse, que puisse être dépassée cette façon de penser : Non, le secret du travail n’est pas dans l’emploi, Non, le secret de  la souffrance au travail n’est pas essentiellement  dans l’allègement des contraintes.

Revenir à l’essentiel, surtout s’il est ignoré

Pourtant, c’est certain dans notre existence, la question du lien au travail est essentielle, et sa fragilité incontestable. Mais pourquoi serait il si difficile d’admettre que ce lien est marqué originellement par le Désir et l’angoisse, naturellement associés. Pourquoi faudrait il convoquer « l’ouvriérisme post moderne », ou l’approche « ergonomique », qui traitent de questions nécessaires mais toujours à côté de  celle, essentielle pourtant, du « Désir de travail ».

Pour en finir avec les risques psycho sociaux il faudrait se battre tous les jours et ensemble pour la préservation ou la restauration de l’identité professionnelle. Car on peut de façon modeste mais opérationnelle redonner au travail sa place « désirante », et voir s’estomper tout ce « fatras psycho social ».

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Personnalités dangereuses au travail

Une question de sauvegarde psychique des managers.

J’ai parfois été surpris par le succès régulier de mes interventions en formation (ou en situation) sur la gestion des personnalités difficiles et dangereuses au travail.

En effet, de nombreuses publications et interventions portent déjà globalement sur ce thème. Si j’avais souhaité croire un instant que la raison de cette situation tenait dans mes capacités exceptionnelles de conférencier, j’aurais dû déchanter.

Car la raison tient seulement dans le fait d’exposer le terme de personnalité « dangereuse« , qui dévoile une situation réelle mais ignorée : l’existence de structures de psychose  » socialisée« .

La caractéristique « socialisée » indique que les difficultés habituelles à une structure mentale maladive, à savoir l’impossibilité de Co construire la réalité avec les autres, et l’objectivation irrépressible des personnes, ne sont pas visibles immédiatement chez les paranoïaques et les pervers moraux.

Car c’est bien d’eux qu’il s’agit.

Les 15 années passées dans le domaine de la pathologie psychique (sociothérapie des psychoses, expertises devant la cour d’assises) m’ont familiarisé avec ces personnalités particulières.

Mais en passant les 15 années suivantes dans le domaine du conseil aux entreprises (management du l’identité professionnelle et de l’engagement au travail), j’ai découvert que la question se posait dans l’entreprise de façon assez fréquente, au point de repérer que 75% de ce qui se constituait comme plaintes psychosociales comprenait une composante importante de « relation avec une personnalité difficile ».

C’est à cet endroit qu’il faut comprendre qu’il pourrait s’agir d’un problème de « santé publique managériale » i.e. de sauvegarde psychique des managers et des équipes.

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L’apprentissage, avec les précautions éthiques qui s’imposent,  de la gestion correcte de ces comportements devrait être partie intégrante de la boîte à outils de tous les managers.

Réf : Roland Guinchard

 » Personnalités difficiles et dangereuses au travail »

« Identifier les comportements et gérer les troubles » Masson 2013

cf. site : http://www.personnalites-difficiles-ou-dangereuses-au-travail.com/


Désir de travail et plans sociaux : Une histoire de charrette

Le traitement social du chômage commence par le traitement psychologique du lien au travail

Les circonstances actuelles des plans sociaux dans l’agroalimentaire de Bretagne me renvoient au souvenir de ma première mission en entreprise, il y a 20 ans,  dans un secteur très touché à l’époque : la conserverie. Cela s’appelait, fort délicatement, une « charrette » qui consistait à « accompagner » 60 ouvrières vers une sortie définitive, avec la maigre consolation d’une indemnité rachitique, une rapide préparation à la recherche d’emploi et l’offre de se partager 3 postes de caissière dans le supermarché de la ville voisine.

Je me préparais à trouver le moyen d’arbitrer l’empoignade prévisible pour ces 3 petites places de survie mais la difficulté fut tout autre : parmi ces femmes, aucune ne voulut se préparer à la recherche d’emploi, aucune ne revendiqua la possibilité d’occuper un des postes de caissière.

Avec effarement, je constatais qu’elles considéraient leur minuscule indemnité comme des congés payés et le temps de formation comme l’occasion de parler d’elles.

Pour comprendre cet étrange attitude, je fus prompt à mobiliser l´idée reçue du processus de deuil de l’emploi, réputé démarrer par un fort déni de la réalité. J’y ajoutais, touche personnelle, le deuil de l’identité culturelle du milieu de la pêche.

Mais en fait,  si la nostalgie d’un temps révolu était bien  présente,la conscience de la réalité de perte d’emploi était très forte et le deuil était déjà fait depuis longtemps.

La question de l’emploi était prématurée, celle du deuil, dépassée.

Quel était le problème alors ?

Pour ces femmes, si la question de leur emploi ne se posait pas, c’est que s’imposait une question plus profonde : auraient elles envie à nouveau de créer encore la forme d’un investissement professionnel différent ?

Plus que d’une formation elles voulaient seulement user de cette dramatique mais exceptionnelle possibilité de se situer une nouvelle – ou première – fois vis à vis de leur lien au travail, de redéfinir sans apriori leur identité professionnelle.

Cette histoire me renvoie aujourd’hui à la question des plans sociaux et du traitement social du chômage qui fait l’erreur de proposer beaucoup trop vite reconversion, projet, voire emploi, sans jamais financer pour quiconque la possibilité d’une écoute pourtant absolument indispensable, visant à ré identifier : désir de travail, lien au travail et identité professionnelle. C’est toujours après coup que tous, financeurs et personnes concernées, se rendent compte que cela aurait pourtant été nécessaire et efficient.

Construire, proposer et utiliser les outils de cette écoute particulière est la tâche à laquelle se consacre entre autres, mon cabinet.